| |
 |
Les moins de 25 ans sont nés et ont grandi dans un environnement médiatique riche. Les années 1980 ont été celles des bouleversements audiovisuels (radios libres, multiplication de l’offre télévisuelle, démarrage du câble, généralisation du magnétoscope, diffusion du multi-équipement electroacoustique, etc.), les années 1990, celles de l’explosion de l’informatique domestique, des jeux vidéo et de la téléphonie mobile, et les années 2000, celles de la diffusion de l’Internet domestique et de la diversification des modes d’accès aux contenus culturels. La « culture de l’écran » est devenue une « culture de la chambre1 » grâce à la multiplication des équipements dédiés : ainsi, il n’est pas rare que les jeunes soient dotés d’une chaîne hi-fi, d’une télévision et d’un ordinateur, qui complètent leur équipement en téléphonie mobile. Ces mutations de l’accès aux équipements se doublent d’une mutation des
usages : les jeunes sont les plus connectés de la population
française, la messagerie instantanée est devenue pour la moitié d’entre
eux un mode de communication avec leurs proches qui a supplanté le
mobile. Internet n’a pas mécaniquement sonné le glas de la
fréquentation des salles de cinéma : ceux qui téléchargent le plus de
vidéos sont ceux qui y vont le plus3. Le numérique n’a pas non plus
fait disparaître l’écrit : des usages différenciés se sont développés
chez les jeunes entre écrit papier et écrit électronique, qui font
appel à des langages différents (le langage SMS versus le langage
habituel) dans des sphères distinctes. Quant à la lecture, ce n’est pas
le numérique qui a provoqué sa baisse puisque celle-ci est engagée de
génération en génération depuis les années 1970. Il n’est même pas
certain qu’elle l’ait accélérée : les évolutions en la matière semblent
suivre les courbes dessinées par les générations précédentes.
 |
|
C’est sans doute au sein même du pôle « média » que l’arrivée et la
diffusion massive d’Internet ont le plus bousculé la donne. Car les
fonctions des TIC sont directement concurrentes de celles de la radio
et de la télévision – information et entertainment, musique, vidéo –
et modifient les conditions d’accès et de réception de ces deux anciens
médias (par exemple via le podcasting). Les modes d’accès aux contenus
et de consommations se sont multipliés, entraînant une mutation du
rapport aux oeuvres : quand les frontières entre amateurisme et
professionnalisme sont rendues plus floues, c’est également la
définition de l’oeuvre et de l’auteur qui sont en jeu (voir les Wiki
par exemple). De ce fait, la médiation culturelle et la compétence
spécialisée qui y est rattachée se trouvent questionnées dans des
univers qui reconnaissent plus volontiers la communauté, le partage de
goût ou de pratique que la hiérarchie du savoir. Pour autant, peut-on
parler d’homogénéisation de la culture jeune et du rapport des jeunes
aux TIC ? Il n’en est rien. D’abord parce que la « fracture numérique »
perdure, tant en terme d’accès, d’usage que d’éducation aux médias. Car
les TIC sont devenus, comme hier la télévision, un objet d’éducation et
de régulation dans les familles (de l’accès, du temps passé, de
contenus consommés, etc.), s’insérant parfois dans un projet éducatif
parental, que les parents soient compétents ou non dans l’usage de ces
technologies. Cette « fracture » obéit aux lois de la stratification
sociale des comportements culturels et éducatifs. Ensuite parce qu’à
l’intérieur de la net-génération voisinent des usages variables selon
l’âge7 : les plus jeunes privilégient les usages ludiques, les plus
âgés les usages communicationnels. Loin d’être tous des utilisateurs
polyvalents d’Internet, les jeunes favorisent à chaque âge des usages
liés aux enjeux de leur socialisation, et la rapidité des mutations
technologiques crée des dissemblances entre les âges : ainsi le blog
apparaît comme le terrain d’élection des adolescents8, alors que les
jeunes adultes ont des usages plus « classiques » du web (mail et
téléchargement).
| |
 |
Enfin, parce que le rapport aux TIC des filles et des garçons est très différent. Les TIC ne réalisent pas – pas plus que les autres pratiques et consommations culturelles9 – l’idéal de mixité qui avait présidé à leur invention. Ces différences garçons/filles interviennent à de multiples niveaux : en matière de stratégies éducatives (qu’il s’agisse de dotation en équipement ou d’éducation)10, en matière de normes sociales de comportements, dans l’offre de produits et services (le champ du jeu vidéo par exemple est masculin)11 et dans les modes d’appropriation des objets et supports. Loin de produire « une » culture jeune, les TIC permettent « des cultures jeunes », des expérimentations identitaires, des espaces de liberté ou de normativité.